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Presse imprimée ivoirienne, un secteur à l’agonie ?

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l’ ANP (autorité nationale de la presse ) a rendu publique les statistiques de vente des journaux papiers du troisième trimestre 2021 (juillet-septembre). Le point des ventes a été transmis à l’ANP, par la société de distribution, Edipresse.  Les ventes, au cours de cette période, ont enregistré une légère augmentation, par rapport à celles du deuxième trimestre, passant de 857.003 à 872.612 exemplaires vendus, soit un taux d’accroissement de 1,82%. En 2020, au troisième trimestre, la presse quotidienne a enregistré une vente cumulée de 1.000.010 exemplaires, avec une vente quotidienne moyenne de 14.815 exemplaires.

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L’article 56 du régime juridique de la presse, du 27 décembre 2017, stipule que les distributeurs tiennent, mensuellement, à la disposition de l’Autorité de régulation, les chiffres de vente des journaux et écrits périodiques, pour une diffusion trimestrielle. Les statistiques du troisième trimestre 2021, (juillet-septembre) transmises à l’ANP par la société de distribution Edipresse, ont été arrêtées à la date du 22 octobre 2021, sous réserve d’éventuels retours d’invendus et de réclamations, selon le régulateur. Ainsi, les ventes de la presse imprimée ivoirienne, au troisième trimestre 2021 ont connu une nette progression de 1,82%. Dans le Top 10 des ventes, le journal pro-gouvernemental, Fraternité Matin occupe le premier rang , avec une vente moyenne jour de 3.222 exemplaires, avec une part du marché de  28,44 % contre 25,7% pour le second trimestre. Il est suivi par Soir Info qui enregistre une vente moyenne jour de 2.189 contre 1.964 au précédent semestre, pour une part de marché de 19,7%. En troisième position, Le Nouveau Réveil , avec une vente moyenne journalière de 1.934 exemplaires, pour une part du marché de 16,85%. Ce, devant Le Temps  et ses 1.530 exemplaires par jour, pour une part du marché de 9,12%. Le journal L’Inter, lui, réalise, aussi, des ventes au-dessus de 1.000 exemplaires. Avec 1.169 exemplaires jour, pour une part du marché de 8,44%, il est logé à la 5ème place. Le journal Le Quotidien d’Abidjan écoule 8.00 exemplaires par jour, pour une part du marché de 5,01%, devant Le Patriote, 524 exemplaires par jour, pour une part du marché de 4,38%. Notre Voie affiche une vente moyenne jour de 469 exemplaires par jour, soit 3,17% devant  Le Mandat, 249 exemplaires vendus en moyenne chaque jour, soit 1,31%. Le Jour Plus boucle le Top 10 de la presse imprimée avec 229 ventes par jour, pour une part du marché de 1,02%.

Le top 10 des hebdomadaires

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La Côte d’Ivoire enregistre 17 hebdomadaires qui paraissent sur le marché. Contrairement aux quotidiens, les hebdomadaires se portent mieux, sur le marché. Ainsi, pour le troisième trimestre de l’année en cours, Ivoire Hebdo d’André Sylver Konan, est en tête de peloton. Le tabloïd a vendu 17.899 journaux sur 51.891 soit une moyenne de 34,51%. Il est talonné par Asec Mimosas qui a commercialisé 15.790 sur 66.468 journaux livrés. Le journal satirique Gbich se classe à la 3ème place, grâce à ses ventes cumulées de 15.767  sur 51.950. Avec un taux de vente de 25,04 %, pour 13.010 numéros vendus, Allo Police, occupe la 4ème place du classement. Il est suivi de La Voie Originale qui totalise 8.739 sur 38.885 journaux mis en vente. L’Eléphant déchainé, le journal spécialisé dans les grandes enquêtes, se contente de la 7ème place. Il a écoulé 3.160 numéros sur 19.705 livrés. Le Bélier Intrépide Hebdo, a vendu 2.593 numéros sur 49.600 exposés dans les kiosques à journaux. Le dernier-né des hebdomadaires ivoiriens, Le perroquet libéré a vendu 1.258 journaux sur 4.948 livrés. Le Baromètre ferme la liste des 10 meilleures ventes avec 1.014 vendus sur 41.780 mis sur le marché.

Le rebond des mensuels

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Quant aux mensuels, ils ont fait un bon qualitatif et quantitatif selon l’ANP. Pour preuve, le cumul total de la vente est passé de 1.606.000 francs CFA contre 1.589.625 francs CFA. Ainsi, Le Bétail, un journal consacré aux informations relatives aux ressources animales et halieutiques est en tête du classement. Le journal vent 315 numéros sur mille livrés. Il est suivi par Cordon Bleu, un journal spécialisé dans l’art culinaire et ses 261 exemplaires écoulés sur 449 imprimés. Life Mag, classé 3ème,  a écoulé 254 journaux sur 580. Esprit, logé à la 4ème place, a vendu 105 numéros pour 200 mis sur le marché. Le dernier titre dans la catégorie mensuel, Nouvelle Afrique, liquide 99 de ses 1.199 exemplaires livrés.

L’agonie de la presse écrite ?

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À l’instar de nombreux pays de la sous-région et même du monde, les journaux ne se vendent pas bien en Côte d’Ivoire. Les différentes crises politiques que le pays a traversées ont entamé ce qui restait de crédibilité aux journaux, dans un clivage profond. L’avènement des réseaux sociaux n’a pas non plus arrangé les choses. Entre méventes, fausses informations, manque de professionnalisme, absence de véritable plans de relance, arriérés de salaires, désaccords, etc. les journalistes sont pris dans un étau qui se resserre au fil des années. Dans ce paysage, la presse quotidienne prédomine, avec 89,16% de parts de marché contre 16,20% pour les hebdomadaires. Marasme dans l’ensemble, les journaux écoulent à peine 10% de leur production journalière. En dehors de Fraternité Matin, Soir Info et Le Nouveau Réveil, le taux d’invendus  des autres journaux oscille entre 90 et 99%. L’autre élément à prendre en compte, dans la nouvelle configuration du paysage de la presse ivoirienne, c’est le développement de l’Internet. Ce qui amène les populations à s’informer sur les réseaux sociaux. Le diagnostic est exécrable. C’est le moins qu’on puisse dire de la situation de la presse en Côte d’Ivoire. Il y a longtemps que le secteur est à l’agonie”, note Lassane Zohoré, président du GEPCI (groupement des éditeurs de presse de Côte d’Ivoire). Jean-Claude Coulibaly, président de l’UNJCI (union nationale des journalistes de Côte d’Ivoire), parle de prise de conscience, non au niveau des médias, mais de l’État : “Tout le monde connait les difficultés de la presse. Nous n’avons pas arrêté de faire du lobbying auprès du gouvernement, afin qu’il accorde 0,01% de son budget à la presse. Cela revient à 8 milliards de francs CFA. Nous espérons que ce projet va aboutir”, a-t-il expliqué. Le Président de l’UNJCI estime qu’il n’y a pas lieu de tergiverser, car la situation est grave. “Si l’État donne des subventions aux partis politiques, il peut bien en donner aux organes de presse. La presse est tout aussi importante pour la vie d’une Nation qu’un parti politique, voire même plus”, insiste-t-il. Il apparaît clairement que ce sera aux acteurs de cravacher dur, pour sauver la presse, menacée par le développement d’Internet et Le foisonnement de la presse en ligne n’a pas arrangé les choses. Pour Lassina Semé du REPPRELCI (réseau des professionnels de la presse en ligne de Côte d’Ivoire), il faut trier, faire attention aux rumeurs, savoir distinguer le faux du bon journaliste. Un casse-tête chinois auquel la corporation doit s’attaquer.

La presse écrite face au tsunami numérique ?

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L’information a un coût. Il est donc logique que la presse en ait un aussi. Comment convaincre le public qu’une opinion formulée sur les réseaux sociaux n’a pas la même valeur que l’enquête approfondie d’un journaliste ? De nos jours, les réseaux sociaux tiennent un rôle d’information important auprès des internautes, notamment des jeunes. Les personnes de plus de 60 ans restent, globalement, fidèles aux journaux papiers. La croissance d’internet et des réseaux sociaux laisse à penser que le journalisme, en tant que profession, est menacé par ces nouvelles technologies. Il faut, désormais, rechercher et trier les bonnes informations, parmi toutes les données qui ne cessent de croître, continuellement, avec un effet chronophage réel. Le numérique, par rapport à l’écrit, offre un moyen au monde journalistique d’évoluer et de viser un public plus large ; les nouveaux médias ayant la spécificité de proposer ce que d’autres proposent déjà, écrits, sons, images, vidéos, en un seul support, se tirent d’affaires. C’est pourquoi, de nombreux journaux proposent, aujourd’hui, une double édition papier/numérique. D’autres ont, cependant, fait le choix de stopper leurs éditions papier pour se concentrer, uniquement, sur une version numérique. En conséquence, le journalisme doit prendre en compte cette concurrence et s’adapter rapidement. Le rôle du journaliste a, également, connu une évolution lui permettant de gagner en complexité, de pouvoir s’adapter avec un nouveau mode de fonctionnement apte à concurrencer le numérique. Le journaliste est devenu polyvalent. Il ne s’agit plus de se servir d’un unique média ; de nouveaux métiers, nés de l’informatique, ont vu le jour : Journaliste web, responsable éditorial, responsable web analytique, le data journalism  (journalisme de données), parmi bien d’autres exemples. Des métiers nés, afin de gérer et répondre aux nouveaux besoins. En conclusion, Internet reste un concurrent de la presse écrite, mais aussi un outil média supplémentaire et complémentaire pouvant apporter fonctionnalités et richesses de diversité, à la presse traditionnelle.

Déjà méfiants face aux écrits incendiaires, des fausses informations et le manque de professionnalisme, les lecteurs ont décroché, menant ainsi la presse à l’agonie. Mais , faut-il pour autant la laisser mourir ? Là se trouve la problématique. Presse ivoirienne, la liberté ou la mort ?

Rodrigue Cofye

Rédacteur

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