Louis Dreyfus, Président du directoire de Le Monde / Crédit Image : Agence Ecofin
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Louis Dreyfus : « On essaie pas de concurrencer les médias locaux »

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Le Monde n’est plus a présenté dans l’univers média mondial. Louis Dreyfus est le président du directoire du groupe Français. Au quotidien, il a la charge de la conduite économique du média, de sa rentabilité, de son développement et priorise les investissements stratégiques pour le développement de sa structure. De passage en Abidjan le mois dernier, Strat’Marques s’est entretenu, avec lui, le jeudi 18 novembre 2021, en fin d’après-midi, sur la terrasse du Novotel Plateau-Abidjan-Côte d’Ivoire. Il s’est confié sur son groupe, ses stratégies, la déclinaison du média pour l’Afrique et la raison de sa visite en Côte d’Ivoire. Une Interview exclusive réalisée en partenariat avec l’Agence Ecofin et l’Agence 35°Ouest.

En 2015, Le Monde a lancé sa stratégie d’implémentation en Afrique, avec l’ambition de faire de son titre, Le Monde Afrique, un média panafricain francophone de référence. En 06 ans d’existence, cette déclinaison du monde a connu 04 rédacteurs en chef différents ! Pourquoi ?

Louis Dreyfus, Président du directoire de Le Monde / Crédit Image : MyEventNetWork

Chez nous, les changements de hiérarchie sont réguliers et font partis de notre culture d’entreprise. Personne ne reste en poste très longtemps, afin de favoriser les promotions en interne. A la réalité, les rédacteurs en chef du Monde Afrique ont tous été promus. La dernière en date, Maryline Baumard est aujourd’hui directrice adjointe de la rédaction, ce qui marque bien l’intérêt du journal pour l’Afrique et le fait qu’on considère, aujourd’hui le Monde Afrique, comme une réussite, et aussi comme une priorité. Après 06 ans d’existence de Le Monde Afrique, je peux révéler, aujourd’hui, que nous avions deux objectifs : Améliorer la couverture éditorial de l’actualité Africaine, souvent agrémentée par les crises politiques, écologiques, etc. A l’heure actuelle, 35 journalistes couvrent le continent pour le lecteur. Leurs missions, raconter la transformation et les réussites Africaines ainsi que les différentes cultures d’Afrique. Le numérique nous permet, aujourd’hui, cette ouverture. Le deuxième objectif était de toucher une audience beaucoup plus large au-delà de nos frontières naturelles, et ça, le numérique nous le permet, également.

Ces dernières années, une émulation s’observe autour de l’Afrique. Pourquoi un tel engouement, notamment médiatique, pour le continent ?

Louis Dreyfus, Président du directoire de Le Monde / Crédit Image : Agence Ecofin

L’Europe est touché par un bouillonnement culturel Africain… En terme d’approche, on essaie de ne pas concurrencer les médias locaux. Par contre, nous travaillons à l’exclusivité de nos contenus. Nous ne sommes ni dans la republication, ni dans le relais.

Le Journalisme et les médias Africains sont ils sous côtés ?

Louis Dreyfus, Président du directoire de Le Monde / / Crédit Image : Le Devoir

Je ne me permettrais pas d’avoir un avis général parce que je ne suis pas expert, mais je vois qu’il y a un paysage médiatique qui est très morcelé. Prenons l’exemple de la Côte d’Ivoire. Il n’y a pas un grand acteur qui se dégage, à ma connaissance. En presse papier, il y a une multitude d’acteurs et leur point commun, c’est que c’est une presse qui est plutôt partisane, ce qui n’est pas péjoratif, mais c’est plutôt ça, avec des diffusions qui sont limitées. Et aucun de ces acteurs, à ma connaissance, n’est pleinement engagé dans la transformation numérique… Il n’y a pas de véritables acteurs qui se dégagent. En Côte d’Ivoire, la presse est plutôt partisane, à des diffusion limitées et n’est pas assez engagée dans la transformation numérique…Les marchés locaux sont trop restreints pour développer de grands médias Africains…Vous avez par ailleurs, pour les jeunes générations, une information qui se passe sur les réseaux sociaux. Nous, ce qu’on pense, c’est qu’un acteur important avec des ressources et des capacités d’investissement, présent dans la presse papier comme Le Monde, peut avoir aussi une stratégie numérique et transformer une partie de son capital auprès des jeunes générations. C’est le cas pour Le Monde, nous avons investi très tôt sur Snapchat, sur Tiktok ou sur Youtube, et aujourd’hui nous avons plus de 50% de nos nouveaux abonnés numériques qui ont moins de 30 ans. C’est là que je vois la différence et ça, ça vient probablement du fait qu’il n’y a pas de grand acteur, en tout cas pas à ma connaissance, qui ait cette capacité-là. Mais il n’y a pas de raisons qu’à terme ne naissent pas de grands acteurs du monde des médias capables d’avoir cette stratégie parce que, on l’a vu notamment avec la crise du Covid en Europe, il y a un besoin d’informations plus rigoureuses qui a permis à des titres comme Le Monde de développer son lectorat et sa base d’abonnés.

Dans la stratégie de développement du groupe en Afrique, l’ouverture d’une représentation dans une capitale Africaine est elle à l’ordre du jour ?

Louis Dreyfus, Président du directoire de Le Monde / Crédit Image : Agence Ecofin

Il est encore trop tôt pour le dire ! Tout dépendra de l’augmentation de nos abonnés numériques. C’est dans ce sens que nous sommes venus conclure, à Abidjan, un partenariat avec Orange CI. Désormais, grâce à sa solution Fintech Orange Money, les populations, sur le territoire Ivoirien, pourront s’abonner à Le Monde, à Le Monde Afrique pour l’accès à nos contenus inédits ou acquérir un, deux articles, etc.

La crise de la covid-19 met en péril de nombreux médias. Le modèle actuel est il obsolète ? 

Louis Dreyfus, Président du directoire de Le Monde / / Crédit Image : Paris Match

Un média historique doit pouvoir s’appuyer sur son audience traditionnelle et se projeter sur le numérique pour toucher les jeunes générations. Je pense qu’un média historique doit pouvoir parler à la fois à son lectorat, son audience historique, via les supports qui sont les siens. Et en même temps investir dans les nouveaux formats et les nouvelles plateformes pour parler aux jeunes générations. Je pense qu’un journal ou un magazine qui n’est pas présent sur les nouvelles plateformes telles que TikTok, YouTube ou Snapchat, en tout cas en Europe, aura du mal à ce que les moins de 15 ans ou moins de 20 ans, deviennent, dans 10 ans, ses lecteurs. Donc, il faut absolument s’emparer de ces formats, être sur ces plateformes qui ont un mérite essentiel, c’est de nous permettre d’être diffusé à très large échelle. C’est ce que nous avons fait et, comme je l’ai indiqué, 50% de nos nouveaux abonnés, aujourd’hui, ont moins de 30 ans.

L’Afrique est un modèle de révolution technologique, notamment par le leap frog qu’elle a effectué en matière d’appropriation de TIC (technologies de l’information et de la communication). Le support papier est il voué à disparaître sur le continent ?

Louis Dreyfus, Président du directoire de Le Monde / Crédit Image : Agence Ecofin

Non, il y a encore une appétence pour le papier. Nous pressons, en Europe, de nouveaux produits car la population à une moyenne d’âge de plus de 40 ans. Hors en Côte d’Ivoire et en Afrique, la courbe des âges est à l’inverse, avec une population très jeune. Chez Le Monde, l’on fait de moins en moins la différence entre le papier et le numérique. Cependant, pour nous, les médias qui ont de l’avenir sont ceux adossés à de vraies rédactions composées de journalistes professionnels.

La question des droits voisins a été très présentes, dans le monde, notamment pendant les temps forts de la covid-19. Pourtant, elle ne semble pas intéressée l ‘Afrique outre mesure. Votre avis ?

Louis Dreyfus, Président du directoire de Le Monde / Crédit Image : Europe 1

Il n’y a que les médias africains pour porter ce combat-là. Ce ne sont pas les plateformes comme Google et Facebook qui sont venus naturellement nous dire  « On va vous verser des droits voisins » , ça a d’abord été un combat mené par les médias, puis relayé par les Etats, qui a donné lieu à une législation européenne, puis française. Et après, il y a eu des négociations soit bilatérales (ça a été le cas de Le Monde), soit par les syndicats professionnels. Mais si les médias du continent africain ne s’emparent pas de ce sujet, et que les Etats africains ne consacrent pas du temps à ce sujet, les plateformes n’ont aucun intérêt à aller naturellement vers le paiement des droits voisins. En revanche, je pense que les avancées qui ont été faites en France sont de nature à faciliter cette négociation en Afrique.

Les cultures africaines sont faites d’authenticités et de métissages. Aujourd’hui, les médias traditionnels subissent une concurrence  féroce des réseaux sociaux parfaitement adaptés à cette diversité. Comment peuvent ils y résister ?

Louis Dreyfus, Président du directoire de Le Monde / Crédit Image : Corim

Les réseaux sociaux ont adopté, de façon relative, la traduction simultanée avec l’intelligence artificielle et nous y viendrons tous. A ce moment-là, la puissance des contenus qu’on peut produire fera la différence. Je pense que, dans les prochaines années, vous verrez que l’amélioration et l’évolution de la traduction, grâce à l’intelligence artificielle, vont permettre aux grands médias de traduire leurs contenus. Cela va permettre de rattraper, assez rapidement, la gap qui s’est créé.

Pouvez vous nous en dire plus sur votre choix pour Orange CI, Quant à  la possibilité de s’abonner au Monde (Le Monde et Le Monde Afrique) via Orange Money, alors que tous les opérateurs Télécoms, en Côte d’ivoire, propose des services Mobile Money ?

Louis Dreyfus, Président du directoire de Le Monde / Crédit Image : La lettre A

Comment on peut toucher une audience beaucoup plus large au-delà de nos frontières naturelles, avec les outils que le numérique nous octroie ? Avec l’abonnement numérique on pense que, dans les prochains mois et les prochaines années, nous avons la capacité de construire un relais de croissance pour le groupe Le Monde et ça c’est notre prochain objectif. Orange Côte d’Ivoire est un acteur doté d’un portefeuille d’abonnés intéressant, pour cela.

Comment définiriez vous Le Monde, Aujourd’hui ?

à D, Louis Dreyfus, Président du directoire de Le Monde / Crédit Image : Stratégies

Déjà, nous ne nous définissons pas par rapport aux autres médias. Nous gardons une certaine distance, afin de conserver notre indépendance. Nous interrogeons, régulièrement, le public sur les sujets qui l’intéressent. Notre investissement dans le numérique, l’augmentation du nombre de journalistes au sein du journal rassure nos rédactions sur le fait que leurs métiers et leur emplois ne disparaitrons pas. Aujourd’hui, nous avons plus de 500.000 collaborateurs (directs et indirects) à travers le monde. Nous avons développé une équipe jeune, habituée aux réseaux sociaux, pour traiter des faits du quotidien. Un succès puisque nous engrangeons près de 1,5 millions d’abonnés sur Snapchat.

Moutiou Adjibi Nourou

Journaliste spécialiste des questions de gestion publique à l’Agence Ecofin, Chef Bureau Ecofin Côte d’Ivoire

KOFFI-KOUAKOU Laussin

Rédacteur en chef chez Strat’Marques

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