Franck Kié, Commissaire général du CAF-Organisateur de l'évènement / Crédit image : Strat'Marques
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CAF fait bouger les lignes et met la défense au cœur de son jeu

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Ne vous y trompez pas ! Ce n’est pas une rencontre de la confédération africaine de football qui s’est déroulée au Sofitel Ivoire. Le lundi 7 juin 2021, l’hôtel 5 étoiles de Cocody a accueilli CAF, THE CYBER AFRICA FORUM. Originellement prévu pour avril 2020, la crise du coronavirus a entraîné le report, par deux fois, de cet événement d’utilité publique. Dans le respect du protocole sanitaire en vigueur, la première édition du CAF a, finalement, pu se dérouler. De 9h00 à 18h00, la question du risque cyber a été le cœur d’échanges fructueux et enrichissants, autant pour le panel que le public. Strat’Marques était convié et vous rapporte les faits marquants de ce forum d’envergure.

En matière de digital, l’Afrique a effectué un leap frog invraisemblable, pour les observateurs. Si le télétravail et les transactions à distance ont eu le temps de s’installer en Amérique du Nord, depuis environ deux décennies, la covid-19 et les nécessités liées à ses effets encrent, de manière pérenne, le digital dans la société moderne. Ainsi, selon les prévisions, le nombre d’internautes africains sera de l’ordre du milliard, d’ici 2022. Avec le développement du digital et la globalisation des marchés, les Cyber Risk se sont accrus. En 2018, déjà, NSIA a perdu 1,2 milliards de francs CFA, suite à une cyber attaque sur plusieurs infrastructures de la région. En 2020, la cybercriminalité a coûté près de 2.153 milliards de francs CFA au continent. 

Dr Zouli Bonkoungou, Commissaire Télécommunications et Technologies de l’Information de la CEDEAO / Crédit image : Strat’Marques

Pour le docteur Zouli Bonkoungoucommissaire télécommunications et technologies de l’information de la CEDEAO, représentant pour l’occasion le président de la commission CEDEAO, face à “l’infiltration de logiciels malveillants et des Fake News, l’Afrique de l’Ouest doit sécuriser son processus de transformation digitale. “

Philippe Wang, Vice-Président Exécutif de Huawei Nothern Africa / Crédit image : Strat’Marques

Le choix du thème  Le risque Cyber au cœur des enjeux de l’Afrique  était, donc, tout indiqué pour ce 1er CAF. Une thématique qui parle à Philippe WangVice-Président Exécutif de Huawei Nothern Africa : “Huawei est très impliqué dans la transformation digitale. La gouvernance du groupe est axée sur la Cyber security. 10 % de notre chiffre d’affaires (5.384 milliards de francs CFA) sont dévolus à cela et 3000 chercheurs y travaillent par des systèmes de block chain La notion de défense physique tant à disparaître. Huawei privilégie la défense en profondeur avec ces 7 centres de cyber sécurité. Notre groupe est présent dans 170 pays et emploie environ 200.000 personnes. Nous sommes prêts à accompagner la réglementation des états, en la matière, et à contribuer à leur action. Nos 7 centres sont transparents et ouverts à ceux qui le désirent. Huawei joue la transparence. “

Crédit image : Cyber Africa Forum

Le directeur de l’économie numérique et de la poste de la CEDEAO, Raphael Koffi a d’ailleurs rappelé l’activité de la CEDEAO : ” La CEDEAO est très active dans la cyber sécurité, et cela, depuis 2010. Nous voulons une base commune de coopération des états membres pour lutter, efficacement, contre la cyber criminalité et les cybers attaques… Les infrastructures clés sont identifiées et nous menons, actuellement, une réflexion sur leur protection… Tous les états membres doivent être sécurisés, pour éviter des failles régionales dans le système de sécurité ; d’où la formation des formateurs, afin que la CEDEAO soit dotée d’experts pointus sur le sujet. “

Aristide Ouattara, Associé & Risk Advisory Leader chez Deloitte Afrique Francophone / Crédit image : Cyber Africa Forum

Subséquemment, l’associé & risk advisory leader chez Deloitte Afrique francophone, Aristide Ouattara a expliqué l’action de sa structure, dans ce domaine : ” Deloitte aide les acteurs, privés et publics, dans la définition de leurs stratégies Cyber Security et dans l’opérationnalité de celles-ci, avec des outils de défense et de réponse… Dans les faits, une étude sur 200 entreprises a montré que la moitié investit moins de 130 millions de francs CFA par an dans la cyber sécurité. “

Yakhya Diop, Chief Innovation & Technology Risks Leader chez Deloitte Afrique Francophone / Crédit image : Cyber Africa Forum

Le cyber risk touche les états. Toutefois, le secteur financier demeure en première ligne, d’où la nécessité d’implanter la formation, au centre, de la stratégie de lutte contre la cyber criminalité. C’est dans cet ordre d’idée que Yakhya Diopchief innovation & technology risks leader chez Deloitte Afrique Francophone a partagé son expertise : “La cyber défense demande la sécurité informatique. L’humain est au cœur des logiciels et des process. Le calcul du retour sur investissement en terme de cyber sécurité n’est pas simple. D’où l’utilité de la sensibilisation et de la formation, car la technologie évolue vite. Il faut, par conséquent, placé l’humain au centre du processus, car 80 à 90% des attaques proviennent de l’humain. Le cyber espace n’est pas africanisé. Ce qui veut dire qu’aujourd’hui, les architectures IT, les serveurs, etc. sont construits sur le modèle de ce qui se fait dans le monde. Du copier-coller en somme. Il faut adapter le cyber space au contexte africain. Dans les faits, les pertes sont supérieures à l’investissement dans la cyber sécurité.”

 

Martine Saraka épouse Konan, Directrice Régionale des Opérations et de la Technologie Ecobank CI / Crédit image : Cyber Africa Forum

La directrice régionale des opérations et de la technologie Ecobank Côte d’Ivoire, Martine Saraka épouse Konan a apporté des éléments supplémentaires au point soulevé par Yakhya Diop : “Le système financier fait face à l’accroissement des cyberattaques. L’identification des menaces et vulnérabilité, la mesure des réponses, la capacité de détection, des réponses rapides et efficaces sur fuite pour récupérer rapidement les données sont des éléments de la stratégie adoptée par le groupe Ecobank pour se défendre et protéger ses usagers contre les cyber risks financiers. Nous mettons, également, l’accent sur la formation de nos agents, afin qu’ils soient capables d’identifier les attaques (par mails ou autres). Pour nous, la sensibilisation et la formation sont des points clés. En terme de gouvernance, tout ce qui concerne la sécurité est concentré en un point puis dispatché dans toutes les filiales. Il en va de même pour les process et entité, pour une surveillance au quotidien. Le tout, étant bien entendu, accompagné d’audits réguliers et d’un renouvellement fréquent des appareils susceptibles d’être une faille pour cause d’obsolescence. Ecobank a un comité sécurité qui se réunit une fois par an et fait des recommandations quant aux points à renforcer “.

Chez MTN Ci par exemple, acteur majeur de l’inclusion financière en Côte d’Ivoire et en Afrique, grâce à ses solutions fintech, les data centres sont protégés, au niveau physique avec des acces et en ligne avec des firewalls et différents garde-fous. Pour avoir accès à un compte mobile money, il faut une carte sim, un numéro de téléphone associé à la carte sim et un code PIN ; soit une triple protection pour les abonnés. Au niveau groupe, le budget cyber security de MTN a triplé. De plus, la formation des employés et des abonnés constituent un moyen de défense indéniable. Enfin, la collaboration active avec les différents acteurs des télécoms, en Côte d’Ivoire, et l’ARTCI (autorité de régulation des télécommunications de Côte d’Ivoire) contribue à apporter des réponses efficaces aux cyberattaques et à la cybercriminalité. 

Charles Kié, CEO & Co-Founder de New African Capital Partner / Crédit image : Cyber Africa Forum

Charles KiéCEO & Co-Founder de new african capital partner a fourni des données et une analyse factuelle : “Entre 2020 et 2021, on estime que 80 à 90% des détenteurs de carte de crédit ont vu leurs données compromises. L’inclusion financière est le prochain new deal du système financier. En conséquence, l’harmonisation des plateformes, l’accès aux systèmes et le développement accru des plateformes financières augmentent les risques. Qui dit zone de libre échange, dit ouverture du marché et facilité des transactions à l’échelle panafricaine. Toutefois, ce bond en avant est accompagné de l’accroissement des risques de cybercriminalité. L’UA (union africaine), au plan continental, et la CEDEAO, au plan régional, mettent en place des stratégies de cyber sécurité. Il en va de même pour les pays africains, au niveau national. À l’échelle de l’Afrique, un cadre juridique sur la cyber sécurité et la protection des données personnelles existe depuis 2014 et les états ont leurs cadres nationaux. Cependant, dans 80 % des cas, les fraudeurs passent entre les mailles du filet. Comment intégrer les Hackers (cyber criminels) dans le système positif, afin d’en faire une vraie source de bénéfice pour les pays africains, comme le font les Américains par exemple, est, à mon sens, une question qui mérite d’être creusée. En effet, il ne faut pas se leurrer, le risque est global ! Attendre de subir une attaque pour réagir n’est pas la meilleure stratégie. L’idée d’une cyber assurance est une solution. Combien d’entreprises font une étude du taux d’intrusion de leur cyber espace ? La façon d’aborder la question cyber ne doit pas être une approche classique.”

Stanislas Zeze, PDG de Bloomfield Investment Corporation / Crédit image : Cyber Africa Forum

Le risque cyber est un enjeu majeur pour les états et les infrastructures clés. Si le terrorisme continue de sévir, les cyber attacks font, à l’heure actuelle, plus de dégâts dans le monde que les attaques physiques. La norme digitale imposée par la covid-19 a ramené, parmi ses fléaux, une recrudescence de la cyber criminalité. Pour Stanislas Zeze, PDG de Bloomfield investment corporation : la maîtrise de la cyber criminalité est une question de survie pour les pays africains”.

KOFFI-KOUAKOU Laussin

Rédacteur en chef

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