décembre 11, 2017

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Banques de Côte d’Ivoire : or donc le client n’a droit à aucun abri?

Banque de Côte d'Ivoire

Nous tangons entre les deux extrêmes. Soit grillons presque sous une chaleur suffocante. Soit les averses provoquent des craches d’avion. Les spécialistes de la météo n’ont pas usé du dos de la cuillère pour nous avertir ; il pleut beaucoup en Côte d’Ivoire. Pourtant, il faut vivre. Et l’argent est devenu malheureusement la poche principale du souffle. Pour avoir ce trésor, le client doit passer par la banque. Souvent sous le poids des plombs du soleil et des grosses gouttes de pluie.

A lire: Stratégie/ Banques françaises : leur poids en Côte d’Ivoire ?

A en croire l’expert des questions économiques et financières et consultant sur la chaîne Africa 24, Mays Mouissi, la Côte d’Ivoire possède le paysage bancaire le plus prolifique d’Afrique de l’ouest et du centre. 26 banques et institutions financières y exercent une activité. Le pays dispose de 626 agences d’établissements bancaires et financiers (dont 55% se situent à Abidjan, la capitale économique) et 899 distributeurs automatiques de billets et guichets automatiques de banques (DAB/GAB). Et ces chiffres sont de 2016.

Des héberges quasiment sans abri

Société ivoirienne de banque (SIB)

La plupart des agences ne peuvent abriter qu’en moyenne une dizaine de clients. Et dehors, les plus généreux ont disposé une bâche faite pour dix personnes maximum. Sinon rien. Vous-vous contentez d’assister au travail quotidien du pauvre vigile lui-même subissant autant que vous, le sort de la chaleur et de la pluie. Sauf que ce dernier, en maître-portier, peut vous faire faux bond dès que les intempéries s’accentuent.

Rodrigue. K. est client de la Sib et fait habituellement ses opérations à la rue dite des banques à Cocody-Angré (Djibi-8ème tranche). Le jeudi 05 octobre dernier à 12h22 minutes précises, il s’était rendu au guichet de sa banque. Mais les choses ne semblent pas tourner en rond. L’agent de sécurité de service lui lâche sèchement : « ça ne marche pas ! ». Normalement le réflexe est connu à Abidjan : on quitte les lieux pour tenter sa chance ailleurs. Sauf que Rodrigue est freiné : il tombe de grosses gouttes.

Mais notre infortuné va avoir la bonne information grâce à la beauté dérangeante d’une jeune dame venue pour la même cause. Après l’avoir dévoré du visage, le vigile qui a retrouvé subitement le sourire, donne cette fois la bonne information : « le Gab est en réapprovisionnement. » Dit-il. En langage simple, il faut patienter au moins une demi-heure. 30 minutes ce n’est pas 30 ans, donc on peut bien attendre. Mais où ? Évidemment à l’intérieur de la banque. Puisqu'il n’y a rien devant l’établissement financier pour s’abriter.

A lire: Campagne Nsia Banque : analysons cette ‘’tactique Bancé’’ !

Non ! dit leur interlocuteur en tenue aux couleurs jaune et noir. Et celui-ci de se justifier : «  Vous ne pouvez pas entrer à l’intérieur car ceux qui y sont ne sont pas venus pour la même opération que vous ». Pis, le fait de lui rappeler qu’ils sont bel et bien clients au même titre que ceux qui sont à l’abri de la forte pluie, n’a pu convaincre notre sentinelle.

La Sib n’est pas seule à refuser gîte et couvert à ses visiteurs, pourtant appelés « rois ». Toutes, presque, n’ont rien prévu pour apporter assistance à leurs clients à cet effet. Il suffit de prendre un véhicule et sillonner les grandes artères d’Abidjan. Le spectacle est pathétique. Souvent c’est avec leur sacoche ou leurs portes documents que les clients des banques se protègent des rayons éclatants du soleil devant leur agence.

La Bicici (toujours à la rue des banques) a décidé d’ouvrir un Gab carrément à ciel ouvert. Et là en plus de la pluie et du soleil, votre compagnon peut s’appeler ''microbe''. De toute façon, Abidjan est plus que risquée, la ville est plutôt infestée.

A la Riviera Palmeraie, la seule agence d’Ecobank, abonnée aux pannes (guichet automatique) ne fait pas mieux. Vous êtes exposés à tous dangers. A cet endroit, il y a toujours un ralentissement de la circulation. Dans les bouchons, on a tendance à scruter l’horizon. Et quand vous-vous tenez devant une banque, les regards convergent généralement vers vous. Qui vous regarde ? Le braqueur ? Ou l’individu mal intentionné qui attend de vous suivre de près après votre opération ?

Même quand tu réussis à franchir le seuil de la porte...

Benjamin D. a également confié ses biens à la Sib. Simple coïncidence. Car Orabank, Uba, Coris Bank, Bni, Boa, Bsic, Atlantique Banque, Afriland First Bank, Bridge Bank, Sgbci, Nsia Banque ont aussi leur lot de ‘’victimes’’. Mais de peur d’allonger l’article, nous-nous limiterons à ces faits frappants.

Benjamin était donc le 07 juin 2016 à l'agence Sib Latrille non loin de Sococé II Plateaux pour prendre évidement ce qui lui revient de droits. Pendant l’opération au Gab, il y a perturbation du réseau. Il repart ailleurs 24 heures plus tard pour réessayer. L’écran affiche que 340 mille F Cfa ont été débités de son compte bancaire. Pourtant la veille, il n’a pu empocher un seul centime. Direction: son agence Sib Marcory Vge. Il est invité à leur adresser un courrier. «  Normalement, en 45 jours tout rentrera dans l’ordre. » Lui promet-on.

45 jours passent sans suite. Puis un 2ème ensuite un 3ème courrier exigé. Toujours rien. 2016 s’achève et nous entrons dans la nouvelle année. Benjamin espère toujours. En janvier 2017, il s’y rend à nouveau. La nouvelle trouvaille : «  Il y a une nouvelle gestionnaire ». Toujours pour entretenir l’espoir, la ‘’new-comer’’ lui dit que rien n’avait été fait en réalité pour régler la question. Assurant dans le même temps, qu’elle décantera rapidement la situation sous réserve d’un courrier. Le 4ème du genre. Fiasco. Jusqu’à ce jour lundi 16 octobre 2017.

Doit-on croire encore à leur signature ou slogan ?

Elles savent attirer; les banques. Mais à la vérité, il va falloir lire entre les lignes. En France, Mona Banque percute par sa signature : ‘’Les gens avant l’argent’’. Peut-être que le contexte français étant différent, les actes suivent la parole. Sinon on a aussi des slogans de haute couture en Côte d’Ivoire.

‘’La banque d’un monde qui change’’ (Bicici). Belle signature. Mais à Strat'Marques, nous estimons que le changement est aussi climatique. D’où la prévision d’abris pour les clients.

‘’Un partenaire à votre écoute’’ (Orabank). Alors, si l’écoute est vraiment active, ceci est un cri de cœur des sans voix que nous-nous proposons de relayer.

‘’Développons ensemble l’esprit d’équipe’’ (Sgbci). Là encore, peut-on faire vraiment équipe lorsque votre supposé coéquipier est physiquement diminué du fait des intempéries ?

‘’Le vrai visage de l’assurance et de la banque’’ (Nsia Banque). Si tel est le visage, il urge de le soumettre à une bonne séance de make-up...

Arrêtons de retourner le couteau dans la plaie.

Pourtant, ils sont les anges de l’or et de l’argent

Le président de l’Association professionnelle des banques et établissements financiers de Côte d’Ivoire (Apbef-Ci), Guy Koizan annonçait le 20 avril dernier que les actifs des banques ivoiriennes ont enregistré une hausse de 11% en 2016 pour s’établir à 7684 milliards de francs CFA (12,6 milliards de dollars). Tout ça pour seulement 16% de taux de bancarisation.

A lire: Investissement publicitaire 2015 : le poids des banques en Côte d’Ivoire

Justement, comment confier son argent obtenu avec peines à quelqu’un qui refusera de t’ouvrir sa porte quand tu fuis la pluie ? Ou alors à un partenaire qui va changer d’attitude lorsque tu lui demandera un prêt ?

Les banques engrangent des fonds colossaux pourtant. Voilà pourquoi nous comprenons difficilement ces agissements. Ça coûte combien à ces riches entreprises de faire confectionner des abris et les disposer devant leur réseau d’agences. Une bâche revient au maximum à 300 mille francs. On en trouve à Adjamé. Et juste une centaine, pour les plus forts suffira à couvrir l'étendue du territoire. Ce qui ne vaut même pas le millième de que gagnent ceux qui hébergent nos comptes tout en refusant de nous héberger.

Marius Aka Fils

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